DÉCOUVERTE PAR BEAUSSANT LEFÈVRE, UNE VERSEUSE EN ARGENT, SEULE PIÈCE D’ORFÈVRERIE CONNUE À CE JOUR OFFERTE PAR LE ROI DE SIAM À LOUIS XIV A ÉTÉ ACQUISE PAR LE CHÂTEAU DE VERSAILLES.

Beaussant Lefèvre vous annonce la vente de gré à gré au Château de Versailles d’une verseuse en argent, seul objet d’orfèvrerie connu à nos jours offert au Roi Louis XIV par l’ambassade du Roi de Siam, Phra Naraï, lors son audience du 1er septembre 1686. 

Découverte lors d’un inventaire par Maître Beaussant et Maître Lefèvre cet objet exceptionnel a été classé trésor national et rejoint aujourd’hui les collections nationales au Château de Versailles.

L’AMBASSADE DU SIAM, 1686


L’ambassade du Siam auprès de Louis XIV à la fin de l’année 1686 est une des visites qui témoigne de l’importance de Versailles dans l’ordre mondial de la fin du XVIIe siècle. Le faste de la réception et des présents apportés par les ambassadeurs et leur suite en fait un épisode notable. En cette seconde partie du XVIIe siècle, le royaume de Siam est en pleine expansion de ses activités diplomatiques et commerciales. Pour son Roi, Phra Naraï, représenté par son ministre des Affaires Etrangères Kosa Pan, il s’agit d’éveiller l’intérêt du Roi de France afin de devenir un partenaire commercial de choix de la Compagnie des Indes et de pérenniser l’aide militaire qu’il a déjà acquise. Pour Louis XIV, l’objectif est d’affirmer la position de la France : un royaume dont le rayonnement dépasse le continent européen et s’étend au monde. C’est aussi une manière de remporter une victoire commerciale face à la Hollande, puissance influente en Asie.

Après une première ambassade infructueuse en 1681, une seconde est envoyée en France en 1684, reçue fastueusement par Louis XIV. Le Roi-Soleil envoie à son tour une mission diplomatique au Siam en mars 1685 en vue d’accords commerciaux, mais aussi de la conversion au catholicisme du roi Naraï. Elle revient en France en juin 1686, accompagnée d’une nouvelle ambassade siamoise.

L’ambassade, débarquée à Brest le 18 juin, arrive à Versailles le 1er septembre 1686. 1 500 personnes sont présentes. On installe de nouveau le mobilier d’argent jusqu’à l’estrade royale. Louis XIV reçoit les ambassadeurs tenant la lettre de Phra Naraï dans une boîte. Couverts de leurs étonnants chapeaux pointus, ils se prosternent devant le roi, tel un dieu vivant. On les autorise à lever les yeux vers lui, contrairement à leur coutume. Après la remise de la lettre, les ambassadeurs se retirent à reculons, les mains jointes. Le roi leur offre une visite de ses appartements et jardins. L’un des invités du Siam déclare, au sortir du cabinet des Médailles, qu’après les trois grandeurs de l’Homme, de Dieu et du Paradis, il connaît désormais celle de Versailles !

L’ambassade n’eut pas le résultat escompté : Phra Naraï est renversé en 1688 et remplacé par un tyran redoutable, Pitracha, qui ferme durablement le Siam aux Occidentaux, à l’exception de la Hollande. La lutte contre celle-ci n’est donc pas terminée.
Plus que l’audience du doge de Gênes, celle des ambassadeurs de Siam donna le modèle des autres audiences d’ambassades extraordinaires tenues dans la Grande Galerie, telles celle de Perse en 1715 et celle de la Porte en 1742.

LA VERSEUSE EN ARGENT – SEUL OBJET D’ORFEVRERIE CONNU À CE JOUR OFFERT PAR LE ROI DE SIAM A LOUIS XIV

Les cadeaux apportés par les ambassadeurs furent présentés au salon de la Guerre dont la mise en place ne pris pas moins de 4 jours. Ils avaient été choisis par le ministre du roi de Siam, Constance Phaulkon, aventurier grec. L’abbé de Choisy en dressa la liste : tapis de Perse, de Chine et d’Hindoustan, laques et pièces d’orfèvrerie de Chine et du Japon, « quinze cens ou quinze cens cinquante pièces de pourcelaine des plus belles & des plus curieuses de toutes les indes » (Chaumont, 1686), trois cornes de rinocéros ….

Ils étaient offerts par le roi de Siam à Louis XIV et à Monseigneur, par sa fille la princesse reine à la dauphine et aux Ducs de Bourgogne et d’Anjou, et par le ministre Paulkon, au roi, au marquis de Saignelay, secrétaire de la Marine et à son oncle le marquis de Croissy. 

Parmi tous ces cadeaux, les pièces d’orfèvrerie tiennent une place importante, le chevalier Chaumont dresse une liste de cinquante pièces de métaux différents offerts par le roi Phra Naraï au roi et une trentaine de son ministre Constance Phaulkon. Cette liste est corroborée par les dessins anonymes du Louvre, préparatoires à la gravure de Jollain pour l’Almanach royal de 1687.

A ce jour, une seule de ces 80 pièces d’orfèvrerie est parvenue jusqu’à nous, il s’agit d’une verseuse à décor ciselé de fleurs et d’oiseaux en argent rehaussé d’or fabriqué en Chine vers 1680. Elle porte gravées sur le fond, l’écu couronné aux armes de France et les trois couronnes, marques des propriétés royales à partir du règne de Louis XIV. On distingue également les numéros d’inventaire du Garde Meuble de la Couronne, le n°65 correspondant à son enregistrement avec un autre objet similaire en 1697 et le n°314 inscrit en 1729 lors de la modification de la numérotation de l’inventaire. 
On retrouve cette verseuse et son pendant à l’Hôtel du Garde-Meuble dans les inventaires de 1775 et 1791 où elle est localisée dans la salle des Bijoux, ouverte au public sous le règne de Louis XVI, exposée avec les joyaux de la Couronne. 
La verseuse, après avoir échappée aux fontes massives ordonnées par le roi en 1689 et 1709 puis aux fontes de 1793, et est vendue lors des dernières ventes révolutionnaires en janvier 1797. 
On la retrouve munie du poinçon au 2ème coq et des armes d’un membre de la famille Terray de Morel-Vindé qui en été devenu propriétaire.
 
Lors d’un inventaire Maître Eric Beaussant et Maître Pierre Yves Lefèvre ont découvert cette verseuse, leur expertise et leurs recherches ont permis d’identifier cet objet exceptionnel comme étant la seule pièce d’orfèvrerie connue à ce jour offerte par le Roi de Siam lors de son ambassade de 1686. Le caractère unique et historique de cette oeuvre a amené son classement en tant que trésor national. 

« Cette oeuvre présente un intérêt majeur pour le patrimoine national du point de vue de l’histoire et de l’art doit être considérée comme un trésor national » Journal Officiel du 28 juillet 2016. 

Le Château de Versailles a par la suite souhaité faire l’acquisition de cet objet pour 1 000 000 €.

« Madame Audrey Azoulay, alors Ministre de la Culture et de la Communication, avait estimé que ce souvenir de la très célèbre visite de l’ambassade du Siam, qui a bénéficié de la chance rare de subsister alors que la grande majorité des autres cadeaux a rapidement disparu, représentant le seul objet d’orfèvrerie offert à cette occasion à Louis XIV actuellement connu, témoignait à la fois d’un des derniers jalons d’une tentative avortée d’alliance franco-siamoise, du parcours parfois mouvementé des oeuvres des collections royales et des évolution de l’histoire du gout » 

La verseuse a été prétée avant son acquisition au Château de Versailles pour être présentée lors de l’exposition « Les visiteurs de Versailles, voyageurs, princes et ambassadeurs 1682-1789 »