Lot 9
180 000 - 220 000 €
Résultat: 420 000 €

Maurice DENIS (1870-1943)

Annonciation à Fiesole (aux chaussons rouges), 1898 Huile sur toile, signée du monogramme vertical et datée en bas à gauche. 78 x 117 cm Au verso: Esquisse pour Marthe et Marie, 1896, huile sur toile, 77 x 116 cm, conservée aujourd'hui au musée de l'Ermitage, Saint-Petersbourg. Provenance: - 1899, acquis par le baron Denys Cochin chez Durand-Ruel (CDV n° 266: « Annonciation Fiesole D. Cochin 700 »; Archives Durand-Ruel: « 6 avril 1899 » et « 750 francs »), très probablement ce tableau, gardé par Cochin au moins jusqu'en 1904 (cf. expositions). - 1907, galerie Druet n° 4014: « Annonciation 78 x 116 » (liste Druet). - 1908, vendu à Gabriel Thomas (liste Druet) et demeuré dans sa collection jusqu'à son décès en 1932 (n° 40 de l'inventaire de partage). - Resté par descendance dans la famille de Gabriel Thomas. Expositions: - Exposition d'oeuvres de MM. P. Bonnard, M. Denis, H.-G. Ibels, Hermann-Paul, P. Ranson, Rippl-Ronaï, K.-X. Roussel, P. Sérusier, F. Vallotton, E. Vuillard (...), préface par André Mellerio, galerie Durand-Ruel, Paris, 10-31 mars 1899, n°12 sous le titre: « Annonciation, Fiesole » (un catalogue des archives Durand-Ruel précise que le tableau n'est pas à vendre). - Exposition de la Libre Esthétique, Exposition des peintres impressionnistes, préface par Octave Maus: L'Art Impressionniste, Musée Moderne, Bruxelles, 25 février-29 mars 1904, n° 41 sous le titre: « L'Annonciation » (appartient à M. le baron Denys Cochin). - Maurice Denis, Études d'Italie, 1898-1904, préface par André Gide, galerie Druet, Paris, 22 novembre-10 décembre 1904, n°5 sous le titre: « Annonciation » (Fiesole) (appartient à M. le baron Denys Cochin). - Quatrième Salon de Printemps, exposition internationale d'art religieux, Société Royale des Beaux-Arts, Bruxelles, 6 mai-19 juin 1912, n°983 sous le titre: « Annonciation ». - Exposition Maurice Denis, 1888-1924, préface par André Pératé, Pavillon de Marsan, Union Centrale des Arts Décoratifs, Paris, 11 avril-11 mai 1924, n°80 sous le titre: « Annonciation » (terrasse de Fiesole), 1898 (appartient à M. Gabriel Thomas). - Troisième Biennale, exposition internationale des Beaux-Arts, Rome, 1925, salle 45, n°13 sous le titre: « Annonciazione a Fiesole », (étiquette au dos). - Il Mostra Internationale d'Arte Sacra, Rome, [janvier] 1934, n°37 sous le titre: « Annunciazione », (étiquette au dos). - Les Maîtres de l'Art Indépendant, 1895-1937, préambule de Raymond Escholier, préface par Albert Sarraut, Petit-Palais, Paris, 1937, n°35 sous le titre: « Annonciation (San Domenico de Fiesole) » 1898, (à M. Gabriel Thomas). - Exposition Maurice Denis (1870-1943), Musée d'Art Moderne, Paris, 1945, n° 63. - Maurice Denis, préface par Louis Hautecoeur, Orangerie des Tuileries, Paris, 3 juin-31 août 1970, n°114. - Maurice Denis (1870-1943), exposition itinérante: musée des Beaux-Arts, Lyon, 29 septembre- 18 décembre 1994; Wallraf-Richartz Museum, Cologne, 22 janvier-2 avril 1995; Walker Art Gallery, Liverpool, 21 avril-18 juin 1995; Van Gogh Museum, Amsterdam, 7 juillet- 17 septembre 1995, n° 84. - 1900, Art at the crossroads, Royal Academy of Arts, Londres, 16 janvier-3 avril 2000 et Solomon R. Guggenheim Museum, New York, 18 mai-13 septembre 2000, n°245. - Maurice Denis (1870-1943), exposition itinérante: Musée d'Orsay, Paris, 31 octobre 2006- 21 janvier 2007; Musée des Beaux-Arts, Montréal, 22 février-20 mai 2007; Museo di arte moderna et contemporanea di Trento e Rovereto, Rovereto, 23 juin-23 septembre 2007, n°57. Bibliographie: - Suzanne Barazzetti-Demoulin, Maurice Denis, 25 novembre 1870-13 novembre 1943, préface de Robert Rey, édition Grasset, Paris, 1945, pages 56, 63, 207, 281, reproduit page 49 (sous le titre « Ave Maria aux chaussons rouges »). - Paul Jamot, Maurice Denis, Plon, Paris, 1945, page 30. - Maurice Denis et l'Italie, aspects de l'oeuvre gravé, catalogue de l'exposition, Centre Culturel français, Rome, Florence et Edimbourg, 1988, par Thérèse Barruel, page 13. - Jean-Paul Bouillon, Maurice Denis, Skira, Genève, 1993, pages 84-85. - Caterina Zappia, Maurice Denis e l'Italia. Journal, carteggi, carnets, Perugia, Universita degli Studi di Perugia, 2001, reproduit sous le n° IV. - Jean-Jacques Levêque, Maurice Denis, 1870-1943. Le peintre de l'âme, ACR Édition, Courbevoie, 2006, reproduit page 121. - Figurera dans le catalogue raisonné de l'oeuvre de Maurice Denis actuellement en préparation par Claire Denis et Fabienne Stahl (n° indexation du CRMD: 898.0201). Commentaire: « Je me souviens de mon arrivée, en 1897, à la villa d'Ernest Chausson, parmi les roses de Fiesole. Exultet, Magnificat! Douceur des horizons florentins, arrivée dans la lumière - et comme si l'on entrait de plain-pied dans un tableau de primitif - avec une jeune femme et un petit enfant. Tant de souvenirs et tant de travail. Collines harmonieuses, poésie des jardins et des cloîtres, tendresse des madones, fervente initiative du Quattrocento, c'est ici qu'on retrouve le goût juvénile, la passion de beauté; Florence Jouvence, éternel printemps ».1 Durant l'hiver 1898 (du 18 novembre 1897 au 22 janvier 1898), Denis (avec sa jeune épouse Marthe et leur fille Noële, 19 mois) est invité à séjourner dans la Villa Papiniano à Fiesole, sur les hauteurs de Florence, louée par son ami le compositeur Ernest Chausson. Le peintre est enthousiasmé par cet endroit qui offre une vue sublime sur la Toscane, qu'il décrit à son ami Edouard Vuillard qui ne tardera pas à les rejoindre: « Quel pays! Imaginez cette maison ou plutôt ce palais du vieux Bandinelli juché sur des terrasses en fleurs, entouré d'oliviers, à mi-côte de Fiesole où s'étagent des maisons blanches, jaunes et roses; et à nos pieds Florence dans le bleu des matins et des soirs, au loin les collines de Toscane souples, langoureuses, à perte de vue. Une variété inouïe de campagne: j'y vais me promener (...) j'y vois des choses... Tous les paysages des primitifs, les cyprès invraisemblables, les rochers géométriques, les longues files d'oliviers cendre-verte. » 2 Cette Annonciation prend place sur la terrasse de ce lieu rêvé, dans un espace bien réel, reconnaissable dans les instantanés photographiques pris par le peintre (fig. 1), avec l'alignement des pots de fleurs sur la balustrade, les parterres de végétation géométriques, le palmier dattier (symbole de la Vierge Marie 3), et les cimes des cyprès en contrebas. « Le thème de l'Annonciation est celui que Denis a le plus représenté (on en dénombrera plus d'une quarantaine dans sa vie) - Gabriel Thomas en avait acquis sept! (...) » (...) - celle-ci étant la première inspirée par ce séjour à Fiesole; sans doute parce que Marthe tombe enceinte à leur arrivée (elle écrit à ses parents fin décembre 1897 qu'elle croit bien leur « rapporter en souvenir un petit italien ») - elle fera une fausse couche un mois plus tard. Contrairement à la tradition iconographique qui présente la Vierge de l'Annonciation dans un intérieur architecturé ou un espace clos, le peintre situe la scène à l'extérieur, près de la moitié de la surface de la toile étant occupée par le vaste panorama sur la campagne florentine. L'esquisse préparatoire (fig. 2) donnait encore une plus large part au paysage. La référence à Fra Angelico « l'interprète de la piété, de la pureté chrétienne (...) le peintre de Marie 4 » est ici évidente; Denis ne s'est d'ailleurs jamais senti aussi proche du moine peintre du quattrocento que durant ce séjour, voyant depuis ses fenêtres le couvent de San Marco, dont la silhouette s'impose à l'arrière-plan. À son habitude, Denis personnalise et actualise le thème évangélique, en donnant à la Vierge les traits d'Annie Chausson, la deuxième fille d'Ernest Chausson (née en 1889), dont les yeux d'azur contrastent avec ses cheveux de jais. On la retrouvera parmi les anges musiciens encadrant l'Assomption au plafond de la chapelle de la Vierge de l'église Sainte-Marguerite du Vésinet en 1901, dans un décor que l'on peut considérer comme un hommage à son père, mort accidentellement en juin 1899. Comme l'explique Anne Gruson, « Le thème original du Mystère catholique [première Annonciation de Denis, peinte en 1889 et qui donnera lieu à plusieurs variantes] est repris et amplifié: c'est encore un ange-prêtre, en habits liturgiques et assisté de deux enfants de choeur, qui annonce l'Incarnation à la Vierge, en lui montrant le livre de la Parole. Le lys est devenu « palmier de la justice », (...) et au lieu d'un livre signe traditionnel de sa foi à la Bible, Marie tient un bouquet virginal (...). Les personnages, revêtus de robes indécises dans la lumière, sont ancrés et actualisés par le rouge vif des chaussons et du bas des soutanes 5 ». Cette composition, harmonie en violets et roses, rehaussée de jaunes et de rouges, est baignée d'une lumière d'ordre divin, qui irradie l'ensemble. Le soleil levant, ancré dans le coin supérieur gauche, manifeste la présence de Dieu, dont les rayons se projettent sur le livre Saint qui porte l'inscription « Ave Maria ». Comment ne pas songer à la phrase de Cézanne citée par Denis: « J'ai découvert que le soleil est une chose que l'on ne peut reproduire, mais qu'on peut représenter 6 » « L'essentiel pour Denis n'est pas de traduire en peinture les effets de la lumière par l'harmonie des couleurs, comme l'ont fait les impressionnistes et leurs suiveurs, mais de chercher sa propre vérité intérieure à traduire plastiquement ses émotions, l'indicible, le sacré. » À Fiesole, Denis recevra de nombreuses visites: Henry Lerolle (beau-frère d'Ernest Chausson), le critique André Mellerio, le journaliste, collectionneur et critique d'art Thadée Natanson, mais aussi Denys Cochin 7, député de la Seine de 1893 à 1919 rencontré en 1895 par l'entremise de Lerolle, qui sera le premier acquéreur de ce tableau. En 1908, Denis note au CDV (n° 553) qu'il vend une « Annonciation Fiesole » à Gabriel Thomas pour 3 500 francs, mais cette indication pourrait concerner plutôt l'Annonciation à Bellavista (1907, huile sur toile, 67 x 86 cm, Paris, Musée des Lettres et Manuscrits). Le fait est qu'en 1912, Thomas possède bien le tableau, sans doute acheté directement à Cochin, comme l'indique une lettre que lui adresse Denis, le 24 mars: « Fierens Gevaert organise à la Société Royale de Bruxelles une Exp. d'Art Chrétien. Or j'ai exposé tout ce dont je dispose il y a un an (et par exemple, la Jeanne d'Arc) à cette même Société Royale. Me voici fort embarrassé si vous ne me prêtez soit « les Apôtres », soit « l'Annonciation » - celle de 99 ou celle de 1908. C'est vous demander un dur sacrifice je le sais: mais votre amitié est de celles dont on use et abuse... ». 8 Ce tableau, au bel historique - collection Denys Cochin, puis Gabriel Thomas! - a figuré dans toutes les rétrospectives de Maurice Denis, de son vivant et après sa mort, preuve de son importance dans l'oeuvre de l'artiste. Il est un des fleurons issus de la découverte de l'Italie, moment charnière de son oeuvre, où s'opérera la confirmation du peintre vers un nouvel ordre classique. Il offre en outre un verso remarquable: l'esquisse du Marthe et Marie (1896) du musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg! 1 Journal, T. III, page 144 (1931). 2 Lettre datée du 23 novembre 1897, reprise dans Journal, T. I, pages 123-124. 3 En raison du passage du Cantique des Cantiques (VII, 8): « Dans ton élan, tu ressembles au palmier, tes seins en sont les grappes. » 4 Maurice Denis, « Notes sur la peinture religieuse », L'Art et la Vie, octobre 1896, repris dans Théories 1890-1910. Du symbolisme et de Gauguin vers un nouvel ordre classique, Paris, édité en 1912 et 1913, réédité en 1920, page 40. 5 Catalogue de l'exposition de Lyon (1994-1995), page 224. 6 « Le soleil », L'Ermitage, 15 décembre 1906, repris dans Théories, op. cité., page 222. 7 Arrière-petit-neveu de l'abbé Jean-Denys Cochin fondateur de l'hôpital parisien qui porte son nom. 8 Archives du Catalogue raisonné Maurice Denis. CDV: Carnet de Dons et Ventes de Maurice Denis. Nous remercions Claire Denis et Fabienne Stahl, auteurs du catalogue raisonné de l'oeuvre de Maurice Denis, pour toutes leurs précieuses informations et collaboration. « Aimer et vouloir » 1 Gabriel Thomas (1854-1932) est un personnage injustement méconnu aujourd'hui. Personnalité peu ordinaire, il est d'abord un habile homme d'affaires qui met sa connaissance des finances et de l'administration au service de projets innovants. Ce visionnaire éclairé a été le gestionnaire du musée Grévin depuis sa création en 1882, a contribué à l'achèvement de la construction de la Tour Eiffel (1889) par la constitution d'une société de gestion, et a été le véritable réalisateur du Théâtre des Champs-Élysées dont on a fêté le centenaire au printemps 2013. Homme de foi après sa « conversion » vers 50 ans, entré au Tiers-ordre de saint Dominique en 1912, il contribuera au renouveau de l'art sacré dans l'entre-deux-guerres, en introduisant par exemple Auguste Perret auprès de membres du clergé qui lui passeront commande, comme pour l'église du Raincy (1922). Thomas avait acquis en 1890 un vaste terrain situé 2, rue des Capucins sur les hauteurs de Meudon, où il fait construire, à l'emplacement d'un ancien couvent, une maison dans le style Louis XIII. Bibliophile et amateur d'art passionné, il va y rassembler une importante collection d'oeuvres, largement dispersée après sa mort, et dont il est difficile d'avoir un point de vue global aujourd'hui. On sait qu'il possédait des tableaux de sa cousine Berthe Morisot, d'autres impressionnistes aussi comme Renoir ou Manet, de Signac, de Flandrin, de Vuillard, de Desvallières... Deux artistes dominent largement son panthéon personnel après 1900: le sculpteur Emile-Antoine Bourdelle et le peintre Maurice Denis, auxquels il donnera la meilleure place dans le programme du Théâtre des Champs-Élysées qu'il va coordonner. Il a été l'un des plus fidèles mécènes du « nabi aux belles icônes », dont il a constitué une des plus belles collections (près de 120 tableaux de l'artiste!), avec en point d'orgue le décor de L'Éternel Printemps (1908) commandé pour sa salle à manger. Le destin a voulu que Les Capucins soient démolis en 1989. Continuant la tradition de leur ancêtre, les héritiers Thomas ont su faire preuve de générosité en faisant des dons au musée des Beaux-Arts de Limoges et au musée départemental Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye (ouvert en 1980, et où certaines oeuvres de l'ancienne collection Thomas avaient déjà gagné les cimaises par des dons antérieurs de Dominique Denis). Les tableaux de Maurice Denis, les deux peintures de Flandrin et le plâtre de Bourdelle, ici proposés à la vente, donnent un bon aperçu de ce qu'a été cette collection prestigieuse, d'oeuvres alliant tradition et modernité, avec une dominante de sujets spirituels. Fabienne Stahl 1 Gabriel Thomas écrit à Maurice Denis le 27 août 1909 (suite à la naissance de Dominique Denis à Perros, dont il va être le parrain): « Certes, j'accepte le rôle d'heureuse influence qu'il vous plaît de m'attribuer, j'en suis même très fier, car il concorde avec ma plus intime conception de la vie, qui est: aimer et vouloir » (Archives du Catalogue raisonné Maurice Denis)
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