Lot 27
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JACOB (Max)

13 missives autographes signées (9 lettres et 4 cartes), dont 2 AVEC POÈME, adressée à Fernand Pouey. Paris, Saint-Benoît-sur-Loire, Roscoff et île de Bréhat, 1927-1935 et s.d. 22 pp.
de formats divers. Au verso de deux des cartes: une vue photographique de Notre-Dame de La Charité-sur-Loire, et une scène d'embarquement à Paimpol.
TRÈS BELLE CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, MYSTIQUE ET AMOUREUSE.
- «Chez la princesse Ghika [Liane de Pougy]» au Clos Marie à Roscoff, [septembre 1927]: «Je vis depuis juin dans un océan de monde, de fantaisie et de travail loué: c'est une espèce d'ivresse pour un solitaire et assez délicieuse pour que je me paraisse oublier les douleurs des autres. Mais elles sont en moi et la preuve c'est que chaque matin aux heures de la messe, inoubliée et inoubliable, les noms de ceux de mes amis qui souffrent vien[nen]t naturellement devant l'autel et devant moi.
Je n'aurai pas la cruauté de vous dépeindre d'heureuses vacances à vous qui êtes encore à l'âge affreux des hésitations, des passions, des préparations et de la candeur, de la soumission apparente et de l'esprit de révolte. ON NE CONNAIT PAS LA VRAIE JOIE AVANT LA SÉRÉNITÉ DE LA QUARANTIÈME ANNÉE. LA JEUNESSE NE CONNAIT QUE LES IVRESSES ET L'OUBLI APRÈS LES EXCÈS ET LES DOULEURS. C'EST LA CONSOLATION DES CHEVEUX BLANCS ET DES MALADIES QUE LE BONHEUR.
Encore les miens sont-ils bien précaires. Je vais être chassé de cet asile par la fièvre typhoïde d'un domestique et, me trouvant sans argent pour vivre dans les hôtels, obligé de rentrer à St-Benoît plus tôt que je ne le désirais. Enfin! Remercions
Dieu de quelques jours heureux et APPRÊTONS-NOUS À REPRENDRE LA TRISTE VIE D'ERMITE, LA SEULE, PARAIT-IL, QUI CONVIENNE À MA FOLIE ET À MON MANQUE DE MESURE. Je me souviens d'avoir étudié le piano, il y a quarante ans.
Le professeur répétait inlassablement: “Le doigté et la mesure”. Prophète qu'il était! C'est pour n'avoir eu ni l'un ni l'autre que je suis condamné à vivre loin des hommes. Je crois qu'avec ces deux vertus, “doigté et mesure”, on peut gagner non seulement tous les biens de ce monde mais encore le Ciel. La conquête de Dieu n'est véritablement qu'une question d'intelligence. Il suffirait par exemple de ne pécher que lorsque cela en vaut la peine. On arriverait à ne plus pécher du tout: “Mon fils, disait une femme du XVIIIe siècle, ne vous permettez que des folies qui vous fassent plaisir”...»
- «Chez le prince Ghika» au Clos Marie à Roscoff, 28 septembre 1927: «Fernand, mon Fernand, mon cher
Fernand. Il est temps que vous sachiez combien je vous aime et aime et aime. Je l'ai senti à mon chagrin, en trouvant la lettre de votre gentil ami. Remerciez-le. Je le remercie de vous aimer, d'être près de vous, (près de toi). Je voudrais être à sa place. Comme vous souffrez, mon Fernand, et ces nuits longues!! Écoutez-moi, écrivez vos cauchemars, écrivez votre fièvre, ça sera très beau, on trouvera bien le moyen de publier ça... Tout à l'heure le prince Ghika m'a demandé pourquoi je pleurais: «Si vous saviez comme il a mal!» - «Ah! votre ami Fernand!» - «Oui!». Je voudrais que vous pensiez à Dieu. Demandons-lui de vous guérir. Fernand, mon doux Fernand, sachez-le, c'est le signe des grandes destinées que les grandes souffrances de la jeunesse... J'ai des remords d'être si bien portant, des remords d'avoir été gai ces quatre derniers mois. Je crois que ce sont les autres qui expient nos joies. Cette théorie est très défendable car la joie qui n'est pas due à la sincérité de la vertu consciente ou non est pareille au péché, or le péché d'Adam est chaque jour expié... Je suis à votre chevet nuit et jour. Je pleure, je prie, je vous embrasse les mains, le front.»
- «Chez le prince Ghika» au Clos Marie à Roscoff, 28 septembre 1927: «... JE NE PUIS PENSER À VOUS SANS DÉCHIREMENT. JE VOUDRAIS ÊTRE PRÈS DE VOTRE FIÈVRE et essuyer votre sueur, vous verser vos médicaments, tenir de la glace sur votre front, tenir votre main, vous parler doucement. Je voudrais que cette lettre ne fît pas trop de bruit et je n'ose pas vous conter d'histoire. Il faudrait que je puisse quitter cette maison ce qui est impossible et voler vers cet hôpital... Quand vous allez être guéri vous me direz comment est votre stature, les photos ne disent rien et je n'ai dans mon imagination que votre visage que j'aime. D'ailleurs je ne puis plus voyager, j'ai fait tant de dessins futiles et de poèmes désolants que je n'ai presque plus rien gagné depuis trois mois. Si j'avais été moins cigale j'aurais de quoi prendre les trains...
JE VIS ICI ENTRE UN MARI ET UNE FEMME [LIANE DE POUGY, ÉPOUSE DU PRINCE GHIKA] OU JE JOUE UN RÔLE NOBLE.
C'EST UNE FEMME QUI A PARDONNE UNE FUGUE DE SON MARI ET QUI VIT AVEC LUI SANS OUBLIER. CE MARI, ELLE L'A PRIS EN DÉGOÛT. IL VIT DANS LE REMORDS ET ELLE DANS L'INCERTITUDE. À CHAQUE INSTANT, IL FAUT QUE JE LUI PRÊCHE SON DEVOIR qui est de rester pour profiter de son beau geste. Elle est pieuse et peu pratiquante: il est atrocement sceptique et railleur. Je dois adoucir les heurts. Ma mère veut que j'aille près d'elle. Je suis entre mes devoirs de famille et mes devoirs d'amis. Et mon coeur est souvent ailleurs qu'à Quimper [chez sa mère] ou à Roscoff: il est souvent aussi près du cher malade qui a pris mon affection bien avant d'être malade. À cette maladie atroce au moins nous devrons de savoir combien je vous aimais sans m'avouer que ce fût au point de souffrir toutes vos douleurs de nuit et de jour. Je pense à cette soeur Anne Catherine Emmerich qui prenait en elle la souffrance des affligés de son village et les guérissait en en souffrant elle-même. Si j'avais ce don vous seriez miraculé et je serais heureux de souffrir pour vous, cher Fernand...»
- Clos Marie à Roscoff, 11 octobre 1927: «Bains de purgatoire dans les hôpitaux non! point si piteux mais propitiatoires
- qu'ils aident l'aède à Dieu.
Ici théorie de l'utilité de la souffrance - carêmes - purges et en général le nettoyage de tous les influx qui constituent le passé. On recommence sans perdre l'expérience: Jésus ressuscite hors du tombeau neuf. Je n'ai jamais vu encore de carrière commencée autrement que par une maladie grave, une opération chirurgicale ou la faim, la fin de quelque chose... Embrassons-nous donc, vous MAXIME JACOB [1906-1978, compositeur membre du groupe d'Arcueil avec Henri Sauguet] et moi... Quand Maxime a des succès, c'est moi qu'on félicite: quelqu'un même essaya de persuader à ma vieille mère que je donnais des concerts éclatants: la pauvre chère le crut facilement et elle eut une nouvelle déception quand je lui appris l'existence de Maxime... Je voudrais savoir, je voudrais bien savoir comment Maxime est mon cousin et s'il l'est. J'AI TROIS BRANCHES, DEUX LORRAINES ET UNE D'AVIGNON ET UNE FAMILLE D'INTELLECTUELS, JEAN RICHARD-BLOCH, ERNEST LA JEUNESSE, SYLVAIN LEVI (DU COLLÈGE DE FRANCE S'IL VOUS PLAÎT) ET DES CÉLÉBRITÉS DE LA COUTURE COMME PAQUIN, DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE, COMME PARIS-CAHORS... OU NOUVELLESGALERIES.
JE SUIS SUR QU'ILS SONT MOINS FIERS DE MOI QUE MOI D'EUX et cela s'explique. J'apprendrai à Maxime qu'il y avait 20 enfants chez mon arrière-grand-père Alexandre dit Jacob en 1813 quand les Alliés brûlèrent sa ferme et que ces 20 enfants se répandirent sur la France. Et que chez l'autre arrière-grand-père qui s'appellait Jacob dit David il y avait autant de petits juifs... Je voudrais écrire l'histoire d'une famille de 40 Jacob au XIXe siècle, mais les documents manquent. Je sais seulement qu'un Alexandre dit Jacob aborda à Lorient où il y habilla... vers 1827 les officiers de la Marine et qu'il y appella un frère. Les belles-soeurs ne s'entendaient pas et mon grand-père alla s'établir à Quimper où il n'y avait peut-être pas de tailleur et où je naquit en 1876 sans penser à Maxime... Par la grand-mère de mon père nous sommes d'Avignon, c'est-à-dire de l'aristocratie juive. La mère de mon frère s'appellait Chailly, elle était dentellière. Le père de cette gd-mère Chailly était très pieux: il était du Consistoire d'Avignon et ne cessait jamais de prier. Quand il allait au cabinet, pour s'empêcher de prier, il répétait deux mots: «Laïus et Bertin». Laïus est le père d'OEdipe et Bertin était un peintre célèbre de Napoléon Ier...
- Paris, 23 mai 1929: «... J'AI ÉTÉ ÉTONNÉ DE L'INTELLIGENCE DE TOUT CE LIVRE, DE LA GRÂCE ENFANTINE, DE LA PENSÉE, DE L'HUMOUR, ET DU LYRISME - Bravo! - Je ne pensais pas que tu allais t'élever si haut d'un coup et prendre cette première place dans la lune... Je te fais de la réclame [Fernand Pouey venait de publier en 1929 son recueil poétique Cardiaques]...
Je t'aimais inconstant qu'aurais fait fidèle... tu comprends...
TU VOUDRAIS BIEN ETRE TERRESTRE ET TU AS RAISON. LE LYRISME EST CE QU'IL Y A APRÈS LE TERRESTRE. CREUSE-TOI ET CHANGE LE CREUX EN MUSIQUE.»
- Paris, 7 janvier 1934: «... Que je ne t'intimide pas! Pourquoi? Je suis un petit vieux très malheureux et ouvrier incertain de sa route. Je n'ai qu'un peu de coeur, encore est-il en charpie. Que Dieu t'intimide, c'est encore moins compréhensible puisqu'il nous demande de lui exposer nos affaires. QUANT À LA POÉSIE, CE N'EST QU'UN CLOUTAGE DE MOTS CHARGES DE DYNAMITE ET DISPOSES AVEC HARMONIE. L'harmonie et l'incertitude des pensées avachies exprès sont la condition de la poésie. LA GRAVITÉ DU TON FAIT LA BEAUTÉ MAIS SI ON PEUT ENCORE LA SURMONTER C'EST LA BEAUTÉ PLUS BELLE DE COURIR AVEC DES MUSCLES INVISIBLES...»
- Etc.
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