Lot 56
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FLAUBERT (Gustave)

Lettre autographe signée «ton vieux» [À GUY DE MAUPASSANT]. [Croisset], «vendredi, 2 h.» [13 février 1880]. 3 pp. in-8.
SUPERBE LETTRE ÉVOQUANT L'ÉCRITURE DE BOUVARD ET PECUCHET, UN PROCÈS DE MAUPASSANT POUR VERS OBSCÈNES, NANA DE ZOLA, ET LA CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND.
«Lapierre m'envoie le n° de L'Événement du vendredi 13 fév. (celui d'hier) où je vois que MR GUY DE MAUPASSANT VA ÊTRE POURSUIVI POUR DES VERS OBSCÈNES. JE M'EN RÉJOUIRAIS, MON CHER FILS, SI JE N'AVAIS PEUR DE LA PUDIBONDERIE DE TON MINISTÈRE. ÇA VA PEUT-ÊTRE T'ATTIRER DES EMBÊTEMENTS? Rassure-moi tout de suite par un mot [Maupassant était entré grâce à Flaubert au ministère de l'Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts].
(Et Aurélien Scholl qui croit que Littré a dit «que l'Homme descend du singe»! Ô âne!). [Dans le même numéro du 13 février 1880, Aurélien Scholl avait publié une saynète humoristique, «Deux ans de prison!», dans laquelle il ridiculisait le tribunal d'Étampes, en imaginant que celui-ci jugeait Littré pour son darwinisme.] 2° J'attends avec impatience les livres qui t'appartiennent, ceux que doit m'envoyer Hachette, ceux que doit m'envoyer
Pouchet - & NANA!
IMPOSSIBLE DE COMMENCER MON CHAPITRE, AVANT D'AVOIR EXPÉDIÉ TOUTES CES LECTURES. Je n'ai rien à faire & me ronge solitairement. [Gustave Flaubert allait bientôt s'atteler à la rédaction du dernier chapitre de Bouvard et Pécuchet, consacré à l'éducation, pour lequel il souhaitait utiliser des ouvrages demandés à son ami le naturaliste Georges
Pouchet, professeur au Muséum, et à Maupassant].
REDIS À ZOLA QUE JE SUIS ENTHOUSIASME PAR L'IDÉE DE SON JOURNAL (un autre titre: Le Justicier?). [Ce journal, qui devait porter les idées du groupe naturaliste, ne vit pas le jour, faute de financement.]
IL Y AURAIT TOUTE UNE SÉRIE D'ARTICLES À FAIRE SUR LES «TYRANS DU XIXe SIECLE». ON COMMENCERAIT PAR LA LITTÉRATURE & LE JOURNALISME, Buloz, Marc Fournier, Halanzier, Granier de Cassagnac, Girardin, etc., PUIS ON ABORDERAIT LES FINANCES: les crimes de la maison Rothschild, ET PUIS L'ADMINISTRATION, etc. LE TOUT P[OU]R PROUVER QUE LES MISÉRABLES SUSNOMMÉS ONT FAIT VERSER PLUS DE LARMES QUE WATERLOO & SEDAN. Un livre pareil bien fait se vendrait à un million d'exemplaires.
& réponds-moi tout de suite. Je t'embrasse, ton vieux.
& tranquillise-toi: “J'ai fait ma nuit” [phrase prononcée par Louis XVIII venu au chevet du duc de Berry mourant, que Flaubert cite ici pour faire allusion au fait que lui-même, occupé à la rédaction de Bouvard et Pécuchet, avait vécu retiré depuis novembre 1879, et serait à nouveau bientôt disponible pour ses amis dont Maupassant].
P[ou]r la première fois depuis 1820, un service commémoratif a été dit à Colombes avant-hier p[ou]r le repos de l'âme de S.A.R. Mgr le duc de Berry!!! [Une messe fut dite à l'église de Colombes le 13 février - jour anniversaire de l'assassinat du duc de Berry en 1820 - où un “Monsieur de Verdun” avait institué à ses frais une célébration annuelle et perpétuelle à cet effet, acceptée par ordonnance royale du 22 novembre 1820.]
N.B. J'AVAIS MIS DANS LA CHAMBRE OU TU AS COUCHÉ LE PAQUET DE LETTRES DE LA MÈRE SAND afin que Commanville [Ernest-Octave Philippe dit Commanville, époux de sa nièce caroline] les emportent! - Ce matin, en les réclamant (car ledit Comm[anville] a couché cette nuit à Croisset & est reparti p[ou]r Paris, Suzanne [servante de Flaubert] nous a dit que
Mr de M[aupassant] les avait prises. - Veux-tu que Maurice vienne les prendre à ton bureau? Dans ce cas-là, donne-lui un rendez-vous - ou te charges-tu de les lui porter? - Réponse là-dessus. Il faut que ce soit remis en mains propres.» Le fils de George Sand, Maurice, souhaitait publier la correspondance de sa mère morte en 1876.
Le journal L'Événement du 13 février 1880 comportait l'annonce de la convocation de Guy de Maupassant devant le tribunal d'Étampes pour la publication d'un poème jugé licencieux dans la Revue moderne et naturaliste, imprimée à Étampes. Pour venir en aide à Maupassant, Flaubert joua de ses relations auprès du ministre de l'Instruction publique Agénor Bardoux, et publia dans le journal Le Gaulois du 21 février 1880 une importante lettre ouverte.
Ce poème, alors intitulé «Une fille», avait déjà paru en version expurgée dans La République des lettres sous le titre «Au bord de l'eau». C'est sous son titre initial que cette pièce de vers serait intégrée en 1880 dans le recueil Des vers.
MAUPASSANT, «FILS» ET «DISCIPLE» DE FLAUBERT. La relation privilégiée qu'entretinrent les deux écrivains demeure le cas de filiation littéraire le plus significatif de la littérature française. Flaubert connaissait bien la mère de Maupassant, Laure Le Poittevin, qui était la soeur de son ami de jeunesse Alfred Le Poittevin. Laure organisa la rencontre entre son jeune fils et Flaubert, en 1867, et favorisa ensuite leur fréquentation qui devint bientôt assidue.
Flaubert prit le jeune homme sous sa protection, s'offrit véritablement à lui comme son guide en littérature et dans la vie: il relit ses manuscrits, lui suggéra des sujets d'articles, lui expliqua comment se comporter dans la haute société.
Flaubert l'introduisit auprès des grands maîtres du roman contemporain, et, pour le défendre et le faire publier, intervint auprès des critiques, directeurs de périodiques et hommes politiques, comme Juliette Adam, Agénor
Bardoux, Georges Charpentier, Catulle Mendès ou Edgar Raoul-Duval. Maupassant put ainsi publier en 1876 dans la revue de Mendès, La République des Lettres, son poème «Au Bord de l'eau» (20 mars) et son étude «Gustave Flaubert» (23 octobre), de même qu'il put faire paraître dans le journal bonapartiste d'Edgar Raoul- Duval, La Nation, son article «Balzac d'après ses lettres» (22 novembre).
Leur amitié mêlée d'admiration désormais réciproque s'approfondit encore à partir de la seconde moitié de 1876: à partir de 1879 Flaubert appelait Maupassant «mon fils», et le reconnaissait pour son disciple et même son égal en 1880. Maupassant resta en effet plus proche de Flaubert que du groupe naturaliste, et défendit son héritage artistique et intellectuel après sa mort. Il dressa un véritable tombeau à son maître et ami en lui consacrant six études, entre 1880 et 1890, et en l'évoquant souvent, de manière plus ou moins voilée, dans ses oeuvres comme Une Vie ou «Le Horla».
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